Oui c’est moi. Inutile de vivre le syndrome de l’imposteur, inutile de ma cacher, inutile de montrer une fausse image avec ma carrure et ma grandeur d’un grizzly au «one pack ». Toute ma jeunesse on m’a étiqueté de cancre. Pour être franc, j’ai été cancre jusqu’à l’université. Beaucoup d’enseignants disaient que j’étais paresseux, lunatique, gauche, non motivé. Bref, c’est ce que j’ai entendu de moi une grande partie de ma vie. J’avais l’impression d’être un chien dans un jeu de quilles. Les cours d’éducation physique étaient pour moi une occasion supplémentaire de me déprécier. Je me rappelle des olympiades où je n’arrivais pas à rejoindre les objectifs du programme…trop lent, pas assez fort, pas d’endurance, aucune impulsion, ni équilibre. J’ai le souvenir pénible de ma 5e année.
Mise en contexte, en septembre, c’était le mois de la mise en forme. Nous avions des objectifs à rencontrer avec la course, la gymnastique, et autres exercices variés. À la fin du mois, nous recevions enfin les médailles pour féliciter nos performances. Pendant que les élèves de ma classe recevaient des médailles d’or, d’argent ou de bronze, moi on me remettait presqu’en cachette, un calendrier de participation à la fin du cours. Oui vous avez compris, je cadrais nulle part. Bien sûr et par chance, j’ai eu des enseignants extraordinaires, mais j’ai également été durement happé par d’autres. Les enseignants, qui me donnaient de l’amour et me permettait de m’épanouir. Il arrivait malheureusement des années, je devais revivre ces 180 jours ternes difficiles de la vie d’un cancre. Ça prend souvent une étincelle pour donner espoir et une parole pour tout détruire. Honnêmement, je ne jouais pas à la victime. La nonchalance a été un mécanisme de défense. Cette mollesse nuancée par l’indifférence a été ma stratégie pour continuer le cheminement de mon parcours scolaire. Je n’avais que très peu d’amis et je subissais quotidiennement de l’intimidation dans l’école. Heureusement j’avais mon « safe zone » au retour à la maison.
Malgré le titre de cancre, j’ai découvert cette passion de communiquer lorsque j’aidais mon “p’tit” frère dans ses devoirs. J’aimais lui expliquer des notions que j’avais déjà apprises et comprises. Je me rappelle lui avoir expliqué le principe de la multiplication. J’ai trouvé valorisant de voir l’étincelle dans ses yeux, ça m’a donné le goût, plus tard, de faire une différence dans la vie des autres. C’est ainsi que j’ai emprunté le parcours sinueux de devenir un enseignant. À l’université, même si je n’étais pas le plus performant, mes expériences par mes stages me donnaient la conviction que malgré mes difficultés et mes échecs que j’avais toujours ma place.
Très tôt dans ma jeune carrière, j’ai été exposé à de grandes difficultés. Je ne pouvais supporter les dérangeants, les impolis, les impertinents. L’acte d’enseigner devenait secondaire, je prenais plus de temps à “jouer la police” que de suivre le programme. Je trouvais insupportable d’avoir des cancres dans ma classe. Ma constante colère sur les actions de mes élèves et mon jugement hâtif des compétences parentales ont résulté de piètres résultats dans ma gestion de classe. L’énergie devenait tellement malsaine et toxique, que je recevais même des doléances de parents, me suppliant de changer de profession. Je venais de perdre la foi en mes capacités.
Puis un jour, j’ai eu une illumination. En voulant vraiment régler le problème que je vivais, une vérité m’a frappé en plein visage. Mes blessures du passé hantaient mon présent et venaient possiblement bousiller mon avenir. Par ce constat, j’ai finalement compris que j’étais le saboteur du climat de classe. Mon quotidien me ravivait tellement des blessures de mon passé de cancre, que par mon attitude, je devenais le vecteur du climat de ma classe. Le problème n’était donc plus mes élèves, le véritable problème c’était MOI, ou devrais-je dire mon égo. J’étais devant cette incapacité de mettre un trait sur mon passé. Par cette prise de conscience, je venais également comprendre la nature sur certaines de mes relations conflictuelles que je vivais avec des enseignants. C’est ainsi que le mépris à leurs égards a avec le temps laissé place à la compassion. Etait-il hypothétiquement possible, qu’ils voulaient comme moi, cacher une vulnérabilité, en triangulant pour ne plus avoir à revivre un passé douloureux?
Bien souvent, les souffrances ne peuvent se régler sans aide. C’est pourquoi, chaque
C’est en arrivant à se comprendre soi-même, que l’on arrive petit à petit à changer le cours des choses en y ajoutant un regard différent.
enseignant devrait avoir recours au service d’un thérapeute. C’est en arrivant à se comprendre soi-même, que l’on arrive à se pardonner pour les erreurs commises et ainsi parvenir à mieux comprendre la vie qui nous entoure. C’est en arrivant à se comprendre soi-même, que l’on arrive petit à petit à changer le cours des choses en y ajoutant un regard différent.
Je ne peux qu’être reconnaissant du cheminement parcouru. Je suis fier de ce que je suis parvenu à réaliser. Maintenant, je suis conscient que la vulnérabilité est une force et que par la compassion, j’arrive à devenir signifiant pour mes élèves. Même les cancres ont cet espoir d’arriver à réaliser de grandes choses.
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